« L’emploi sortira forcément gagnant de l’EPCI unique »

MEDIABASK – Christian Millet-Barbé, président de la Mission locale avenir Jeunes Pays Basque et de la Maison de l’emploi de l’agglomération bayonnaise et du Pays Basque revient sur les conséquences de la création d’une communauté unique Pays Basque sur l’emploi.

La question de l’EPCI unique semble aujourd’hui se cristalliser au sein de la classe politique seule. Le lien entre communauté unique et vie quotidienne n’est-il pas évident pour les gens ou est-ce dû à un manque de concertation ?

Christian Millet-Barbé : La question de l’EPCI unique est avant tout technique, donnant lieu principalement à un débat entre les élus et l’Etat. Le citoyen n’est pas assez concerté, entrainant un déficit démocratique et risquant une dérive technocratique. Un référendum me paraît être personnellement une nécessité. Une communauté d’agglomération unique Pays Basque, que j’appelle de mes voeux, aurait évidemment des conséquences concrètes sur la vie des gens, notamment sur la question de l’emploi. Et si nous ratons le coche aujourd’hui, on risque d’en reprendre pour vingt ans.

Les politiques de l’emploi sont aujourd’hui menées par l’Etat. Qu’amènerait la communauté unique dans ce domaine ?

C.M-B : D’une part, la loi NOTRe permet aux futures grandes régions de se saisir de la compétence emploi. Les trois présidents actuels d’Aquitaine, du Limousin et de Poitou-Charentes ont d’ores et déjà écrit à la ministre du Travail pour la demander s’ils étaient élus. Virginie Calmels (candidate Les Républicains) ne s’est pas encore prononcée sur la question mais devrait faire de même. D’autre part, la Mission locale a déjà réalisé l’unité du Pays Basque après une fusion de Bayonne et de la Soule en 2000. La région aurait donc deux interlocuteurs clairs, structurés sur un territoire commun et on gagnerait en pertinence.

Quel est l’accueil réservé aux propositions du préfet par les professionnels de l’emploi ?

C.M-B : A l’instar de la CCI (Chambre de commerce et d’industrie), les professionnels de l’emploi sont favorables à une communauté unique et ne veulent surtout pas prendre le risque de trois ou quatre EPCI. Pour exemple, le Plie (Plan local pour l’insertion et l’emploi) qui date de la Communauté d’agglomération Bayonne Anglet Biarritz, couvre pour l’instant six communes seulement : Bayonne, Anglet, Biarritz, Boucau, Bidart et Saint-Pierre d’Irube. Il pourrait s’étendre à l’ensemble du territoire basque avec la communauté unique et ainsi gagner en efficacité.

Penser à l’échelle du Pays Basque à la place du bassin de vie constitue-il une des limites de l’exercice ?

C.M-B : Pas du tout. Pour être lisible, le territoire doit se caler sur des identités claires, culturelles et linguistiques. Quand elles existent, et c’est notre chance, il faut les privilégier. Aujourd’hui les Missions locales des Landes et du Pays Basque travaillent tous les jours main dans la main. L’EPCI n’empêchera en aucun cas des accords de coopération nécessaires.

Selon vous, favorisera-t-elle l’emploi au niveau euro-régional ?

C.M-B : Evidemment, le Pays Basque Sud aura un seul interlocuteur et on gagnerait la cohérence d’opérations communes. De plus, l’unité de réflexion collerait de prés avec le Conseil de développement. Dans le cas contraire, chaque petit roitelet des quatre ou cinq EPCI travaillerait sans concertation, au risque d’un repli sur soi territorial négatif économiquement.

Si jamais l’EPCI unique n’était pas adopté, pourrait-on envisager l’intégration du Seignanx au sein d’un des EPCI basques?

C.M-B : Je ne me place absolument pas dans cette hypothèse. Je suis confiant. Les études lancées par les maires d’Anglet, Biarritz, Bidart et Boucau pour l’instant dubitatifs sur les questions de gouvernance et de fiscalité vont lever leurs inquiétudes. En apportant des propositions concrètes, elles vont permettre des avancées considérables et concrètes dès 2017, alors qu’une période transitoire est prévue.

Quel sera le poids d’une communauté unique dans la nouvelle région Aquitaine ?

C.M-B : L’unité pèse, au contraire de la dispersion. Le Béarn éparpillé en huit intercommunalités en sera l’exemple. Nous avons l’opportunité de représenter en une voix 300 000 personnes et de monter une structure qui un jour, je l’espère, sera issue du suffrage universel. La Région nous aidera beaucoup plus si on est ensemble, notamment pour lancer les dispositifs innovants dont nous avons besoin en matière d’emploi. La mission Beti Lan, par exemple, qui concerne les jeunes les plus employables ne touche aujourd’hui que Biarritz, Anglet et Bayonne. On pourra envisager via la communauté unique un financement à parité entre les communes, les conseils départementaux et la Région. L’emploi sortira forcément gagnant de l’EPCI unique.